Un sujet de moins en moins tabou mais dont on parle si peu

Que diriez-vous de lever le tabou sur la masturbation ? Quand la question est posée, elle intéresse surtout ceux qui veulent entendre les autres en parler plutôt que d’en parler soi même. Nous restons mal à l’aise avec cette pratique autrefois considérée comme mauvaise. (LIRE : Les chiffres surprenants de la masturbation)

Je me souviens…

Je me souviens avoir appris à me masturber. J’étais avec deux copains, dans un champ adossé à un magnifique verger de cerisiers. Nous étions là, à échanger des mots creux après le collège. Parler pour ne rien dire était une discipline ancrée. Sans doute parlions-nous par crainte de se déshabiller les uns devant les autres. Parfois, les mots peuvent servir de cachette. Ils peuvent habiller des situations ennuyeuses.

Tout à coup, un de mes copains nous a proposé de nous masturber. J’avais entendu parler de ça mais je n’avais aucune idée de ce que cela impliquait. Son regard sur-lignait son invitation que je ne comprenais pas. Apparemment, j’étais le plus naïf, ou le plus ignorant des trois. Je le compris immédiatement lorsque je vis mon autre copain commencer à ouvrir sa braguette. Le plaisir se lisait sur leur visage. Je me sentais bête, à côté de la plaque, à les regarder sans savoir que faire ni que dire.

Je passais à l’acte

Pourquoi ne pas les imiter ? Il ne fallut que quelques secondes pour comprendre ce qu’ils pouvaient ressentir. Il me semblait que mon cœur battait autrement. Ma respiration avait changé,  et la chaleur de mon corps venait s’ajouter à la fête. Je vivais un festival émotionnel unique. J’avais déjà ressenti des érections au contact des filles, notamment pendant des slows rapprochés, mais ça, jamais. J’avais découvert l’incroyable. Le plaisir ressenti s’était mêlé à une impression gênante. 

Il faut dire qu’avec ces deux copains là, je ne pourrais pas raconter d’événements qui aient pu être sujet de gloire. Je n’apprenais que des bêtises. Trop jeune et trop influençable pour prendre position, je continuais à les fréquenter avec ce sentiment trouble. Le plaisir ressentis s’était mêlé à une impression gênante.

La masturbation en chaine

La culpabilité qui me gagnait parfois ne rivalisait pas longtemps avec le désir de sentir mon être entier vibrer sous mes doigts. Rien n’était comparable. Comme 94% des français, je m’adonnais en cachette à ce plaisir solitaire. A quelle fréquence ? Quotidiennement. Parfois, plusieurs fois par jour. Je me souviens de cette fois où j’avais mal aux testicules à m’en tordre. Mon record était battu. Je crois que je m’étais masturbé trois fois dans la même journée. Je l’accueillais comme une sentence. La sentence de la honte.

Me masturber était mal, pensais-je aussi. J’ignorais alors que je m’associais à plusieurs millions d’hommes qui le pensent encore aujourd’hui. Combien de fois m’a-ton posé la question. « Pascal, est-ce que se masturber est mal ? Mauvais pour la santé ? Mauvais pour mon couple ? ». Il eu été arrangeant pour certains, que je détienne la réponse.

Il est même arrivé qu’un croyant me présente la bible pour argumenter son propos condamnant la masturbation. C’était laborieux parce qu’aucun épisode de ce livre ne permet explicitement de se positionner. Le pauvre. Je le laissais repartir avec plus de questions que de réponses. J’avoue que j’y avais pris du plaisir. Je préférais que les gens réfléchissent et assument leurs choix plutôt que de prendre les autres à témoin des questions posées par leur conscience.

Quand j’ai voulu en sortir

Un jour, j’ai choisi de me libérer de ce que je décrivais, en mon fort intérieur, comme une forme de soumission. J’avais l’impression de n’obéir qu’à des pulsions profondes sans pouvoir les contrôler. Quelque chose avait mûri en moi ! J’avais bien perçu mon dégoût grandissant pour l’avilissement, la soumission aux choses et aux êtres. J’avais justement cessé de fumer un matin que je m’étais rendu compte que je ne savais même pas pourquoi j’avais commencé. Sans doute était-ce pour faire comme les autres. Tiens ! Je sentis un déclic. Et si je me masturbais parce que j’en avais envie au lieu de le faire par automatisme d’auto-satisfaction. C’est ce que je décidais.

Je pris un virage important : décider de choisir, avait pris forme en moi. J’y voyais quelque chose de plus profond et de plus ample, dépassant de très loin la simple question de la masturbation. Il me vint une volonté forte de prendre le volant de ma vie, de poser mes propres choix. Je refusais que je sois imposé par des dictats, qu’ils proviennent du tréfonds de moi ou des autres. Je voulais vivre libre. J’aspirai déjà à lever le tabou sur la masturbation.

J’optais pour une abstinence savoureuse

Alors que certains s’interrogent sur la juste fréquence pour se masturber (lire l’article de Doctossimo Masturbation : quelle est la fréquence « normale » ?, j’en étais à ne vouloir aucune fréquence. Plus rien jusqu’à ce que je sois convaincu de ne plus avoir à subir mais de pouvoir choisir. Humm, quel plaisir de choisir ! Vous connaissez cette impression profonde qui monte en vous et à laquelle vous dites « Attends, pas encore, ça viendra en son temps, tout à l’heure peut-être » . C’est comme la naissance d’une nouvelle capacité. Je dirais même, d’une force. Je ne pense pas du tout à ce genre de force qui pourrait servir à vous prouver quelque chose à vous-même. Quelle idée de vouloir se prouver quelque chose ! Je parle de cette force émergente, emprunte d’un respect profond sur qui vous êtes.

Il est alors question d’une force au service d’un projet, celui que vous chérissez et qui prend forme au jour le jour.

Lever le tabou sur la masturbation

Lever le tabou sur la masturbation

Se masturber ? Pourquoi pas, oui. Mais le vivre comme je choisis une pâtisserie de qualité, préparée avec soin par ce chef que j’ai sélectionné parmi des dizaines, des centaines, sans doute. Je suis venu chez lui et j’ai languis. J’ai pris le temps de choisir et de me projeter vers l’instant que je ferai durer pour l’apprécier plus encore.

Se masturber ? Pourquoi pas, oui. Parce que je l’ai choisi et que cela fait sens dans mon parcours. L’accueillir comme un privilège. Comme ce film que je vais regarder seul ou ce livre que je vais déguster. Tout cela reprend vie. Et je ressens la vie. Je l’aime avec sa force et sa délicatesse parce que je la choisis et ne la subis plus.

Avez-vous choisi de vivre ou flâner-vous dans vos journées qui s’empilent les unes sur les autres, telles des dossiers sur un bureau ? Vous masturbez-vous sans réfléchir ou vous régalez-vous de votre choix judicieux du moment, du lieu, de la sensation qui en suivra ?

Et qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?

Les hommes se masturbent bien plus que les femmes. Combien disais-je ? 95%, c’est bien ça ? Pour les femmes, on baisse de 10 à 20 points (Lire : Les Françaises se masturbent plus souvent, mais en parlent toujours peu – Les chiffres) Interessant n’est-ce pas ? Vous ne voyez pas en quoi ? Peut-être est-ce en relation avec une aspiration à plus de profondeur relationnelle. Les femmes ont tendance à vouloir plus de sens. Même dans leur relation avec elle-même, leur relation à leur corps. Elles s’interrogent, elles se rencontrent, elles se racontent et se regardent. Au-delà du miroir, elles ont appris, je ne sais comment, à s’admirer, à profiter.

Parfois, je me surprends à rêver que les hommes parviennent, comme c’est le cas déjà pour beaucoup d’entre eux, à aspirer à davantage de cette profondeur relationnelle avec l’autre, et avant tout avec eux-même. L’un des avantages à cet éveil est que les préliminaires, la jouissance et l’orgasme des femmes prendront plus de place dans nos univers à nous, les hommes. J’en suis persuadé. Je rêve qu’en en parlant en couple, nous parvenions à lever le tabou sur la masturbation.

Et vous, seriez-vous prêt à ne pas seulement lire l’expérience d’un autre mais d’oser partager la vôtre ? Votre 1ère fois ? Votre évolution ? 

Donnez-moi votre avis sur cet l’article. Que vous soyez un homme ou une femme. Ensemble, levons le tabou sur la masturbation.

Photo : Pixabay

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