Éviter que l’inaction équivaille à une action

J’ai l’impression de vivre une injustice dans mon couple est un sujet que j’ai voulu aborder parce que c’est systématiquement désagréable comme inacceptable de vivre de telles situations. 

Dans cet article, je tiens à accueillir toutes les situations que pourraient rassembler à une impression d’injustice avec une certaine gravité. D’ailleurs, je ne connais personne qui me dirait « je vis une injustice, mais c’est pas grave, ça va… ».

Qu’il s’agisse d’une injustice vis-à-vis du partage des tâches, du temps passé pour s’occuper des enfants, de la gestion des finances, des services rendus l’un a l’autre, avec parfois un sentiment d’abus, c’est très désagréable. À cette liste-là, je pourrais ajouter les violences verbales, les violences physiques et les maltraitances.

Et si ce n’était pas si grave !

Je rappelle que ce n’est pas à la personne qui entend le problème d’en évaluer la gravité. C’était à la personne qui le vit de définir ce qu’elle estime grave selon sa propre échelle de gravité. Et dans le cas du sentiment d’injustice, rien de ce qui est vécu comme tel ne devrait être passé sous silence.

Ne pas rester sans rien faire

D’ailleurs, la première chose à faire, quand on a le sentiment ou l’impression de l’injustice, c’est d’être conscient qu’on est dans une impression subjective, il s’agit d’une perception, d’une interprétation. Il n’est pas forcément évident de caractériser ça comme étant une faute, une erreur avec des outils pour en estimer la gravité. 

Du coup, ça complique la capacité qu’on certain(e)s à condamner ou à montrer du doigt une action ou une inaction comme étant une anomalie ou un dysfonctionnement. Difficile donc d’évaluer qu’une parole, une manière de se comporter, une manière de ne rien faire ou de faire, de dire ou ne rien dire peut-être une anomalie, un dysfonctionnement ou une injustice.

La première chose à faire est, surtout, de ne pas rester sans rien faire. Les actions que je vous propose sont conditionnelles à l’exception de la première, toutes ayant l’intention de veiller à ce que vous ne restiez pas les bras croisés face à une sorte de fatalité.  

I. Première étape : Mettre des mots sur les maux

Si vous avez le sentiment ou l’impression de vivre une injustice dans votre couple, mettez des mots sur les maux. Trouvez les moyens d’exprimer ce qui ne va pas, ce qui va mal. Et un des premiers outils les plus accessibles pour le faire est l’écrit. Vous pouvez le faire en prenant véritablement votre temps pour écrire votre impression. « J’ai l’impression que quelque chose ne va pas dans mon couple. J’ai le sentiment de subir une injustice dans tel domaine et d’être abusé financièrement ou verbalement ou autres. Il me semble que quelque chose n’est pas normal… ».

Écrivez en cherchant les mots les plus adaptés pour dire ce que vous ressentez et vivez.

Les mots sont limités

Je sais que les mots sont limités puisque vous êtes contraints d’emprunter les mots qui existent déjà. Cela dit, si vous avez besoin de créer vos propres mots, ce que l’on appelle un néologisme, sentez-vous libre. L’intérêt étant de trouver un moyen d’être le plus proche possible de ce que vous vivez. Vous avez l’impression de vous débrouiller tout seul ou toute seule avec les enfants alors que votre conjoint fait comme s’il n’était pas parents ! Écrivez à ce sujet. Dites ce que ça vous fait et pourquoi. Écrivez les faits : « quand il est rentré tel jour à telle heure, il a fait ceci, il a dit ça. J’ai vu autre chose se rapprochant de cette même attitude quand… tel jour, tel autre. Etc. ». 

Écrivez ce que vous ressentez

Écrivez de manière à commencer à vous rencontrer pour vous poser la question de savoir si votre regard posé sur la situation est amplifié par la charge émotionnelle importante liée au fait que vous n’êtes pas bien en ce moment ou est-ce une succession de faits avérés avec répétition ?  

Vivez l’écriture pour vous-même. Vous vous adressez d’abord à vous. Ensuite, vous pouvez aussi écrire à votre conjoint. Parfois, quand on est face à lui, on ne trouve pas les mots, on ne sait pas comment le dire. J’encourage alors à commencer votre lettre en disant « je préfère t’écrire pour prendre le temps de réfléchir à ce que je voudrais te dire et m’assurer que je ne serai pas interrompu. Ainsi, je pourrais également peser les mots que je vais employer. Ça ne veut pas dire que le choix de mes mots sera parfait dans cet écrit, mais ils seront beaucoup plus proches de ce que je veux dire que si je devais le faire spontanément…». 

Écrire ses discours est monnaie courante 

Prendre le temps d’écrire ne veut pas de te dire que vous avez peur de votre conjoint (même s’il s’agit de situations possibles qui méritent question). ça ne veut pas non plus dire que vous êtes en incapacité de verbalisation. Ça veut tout simplement dire que vous voulez vous rendre en capacité de mobiliser toutes vos capacités pour bien faire.

Si vous avez l’ombre d’un doute sur ce sujet, interrogez Barack Obama et demandez-lui s’il écrivait ses discours. La réponse sera « bien évidemment ! »

Écrivait-il ses discours parce qu’il avait peur de commettre des erreurs ? Était-ce parce qu’il avait peur de son auditoire ? Non ! Il écrivait pour être certains du choix des mots employés. J’ai pris l’exemple de Barack Obama, mais c’est valable pour n’importe quel autre orateur qui prendrait le temps d’écrire. 

Si vous écoutez les annonces actuelles faites sur la COVID-19, les ministres lisent leurs notes parce qu’ils ont pris le temps (même s’ils ne sont pas les auteurs des textes qu’ils nous lisent) de réfléchir à leurs mots, à l’organisation de leur pensée, à la manière de le dire et aux raisons pour lesquelles ils le diraient ainsi. 

Passer par l’écrit est un moyen d’être sûr d’avoir tout dit et d’avoir dit les choses comme on le voudrait. Combien de conjoints me disent « c’est vrai, je lui ai dit ça, mais je n’ai pas pensé à lui dire ceci ou cela ! » sur une note de regrets. Prenez le temps d’écrire et sentez-vous libre de remettre ce courrier à votre conjoint si vous le souhaitez.

Écrire à une connaissance

Vous pouvez aussi écrire à un(e) ami(e). Attention de limiter le risque d’une relation de transfert en choisissant un(e) ami(e) du même sexe d’orientation sexuelle que le vôtre. Si vous êtes une femme hétérosexuelle, mieux vaut vous confier à une autre femme plutôt qu’à un homme parce que vous prendrez le risque de vous retrouver dans les bras d’un autre. 

Par contre, si vous êtes une femme homosexuelle, confiez-vous de préférence à un homme, juste pour vous protéger sachant que vous augmentez le risque, à partir du moment où vous ouvrez une fenêtre de votre intimité à une personne de votre entourage qui en plus peut-être capable de vraiment vous entendre avec une attention dont vous avez besoin, vous le faites entrer dans votre intimité. 

Du coup, une fois dans votre intimité, il est beaucoup plus proche de l’intérieur de vos bras 😉 C’est donc juste une recommandation, mais après, faites comme vous voulez.

Écrire avec une intention

Vous pouvez aussi écrire à un professionnel. Et puis, j’ai vu sur certains forums que certains aiment écrire sur les forums. Si c’est quelque chose qui vous tente, ne cherchez pas à vous consoler en demandant « est-ce que d’autres vivent la même chose que moi ? ». Ce n’est pas parce que quelqu’un vit la même chose que vous que ce que vous vivez est normal. Ce n’est pas non plus parce qu’une personne ne vit la même chose que vous que ce que vous vivez n’est pas normal.

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Du coup, dans votre démarche, la question n’est pas d’aller savoir si d’autres vivent la même chose que vous, mais peut-être d’avoir des conseils vers un thérapeute si une de ces personnes est accompagnée par un thérapeute et qu’elle en est satisfaite. Ainsi, vous pouvez vous diriger vers un accompagnant aidé par quelqu’un qui apprécie son travail.

Si ça va vraiment mieux…

Si le fait d’avoir mis des mots sur les maux vous a fait du bien, peut-être que vous pouvez en rester là. Quand, face à la « vous êtes-vous fait du bien  ? » vous constatez que vous allez vraiment mieux puisque la prise de hauteur vous a permis de voir les choses autrement, vous pouvez en rester là.

Par contre, si vous estimez avoir besoin de plus que ça « ça va mieux, mais je veux aller plus loin », je vous invite à la deuxième étape.

Homme en cuisine

II. Deuxième étape : Inviter à une écoute mutuelle. 

Ici, il s’agit de vous inviter à une écoute mutuelle. Du coup, vous serez face à votre conjoint. Ce face-à-face aura pour objectif de vous inciter à vous entendre vous-même par ce que vous formulerez à votre conjoint (parce que même si vous l’avez écrit, vous changerez quelques petites choses comme votre manière de le formuler, votre manière de mettre le ton sur ce que vous lirez et tout cela voudra dire quelque chose). Le second objectif de cette deuxième étape, après le fait de vous entendre vous-même vous exprimer, il consiste ensuite à entendre votre conjoint sur ce que vous avez dit. 

Un duo, pas un duel

Cette phase d’écoute mutuelle a vraiment un bénéfice superbe à condition qu’on y aille avec une posture non accusatrice. C’est-à-dire qu’on y va dans une démarche de bienveillance. 

Le conjoint n’est pas, a priori, un calculateur manipulateur. Si vous avez le sentiment qu’il abuse de vos finances, ce n’est pas en suivant une stratégie rodée. 

Ne pensez donc pas qu’il est dans une démarche consistant à tenter de vous entourloupe et  d’abuser de vous. Si vous allez à l’entretien avec ce genre d’arrière-pensées, vous savez que ce dernier est squeezé d’avance. 

Par contre, dans une posture de bienveillance initiale, vous savez que vous pourrez vous écouter l’un l’autre, vous entendre l’un l’autre pour grandir ensemble.

Cela n’exclut pas que votre conjoint soit un éventuel manipulateur. Même si c’est le cas, aller à l’entretien avec une approche bienveillante désireuse d’apprendre de lui comme de vous.

Faites le point

Si cette deuxième étape vous convient et qu’à l’issue de la phase d’écriture et de la phase de rencontre et d’écoute mutuelle vous allez vraiment mieux et que votre couple va mieux, OK, vous pouvez vous arrêter là. 

Par contre, si vous vous dites « c’est OK mais je voudrais aller plus loin » ou bien « ce n’est pas du tout OK » !, alors passer à la troisième étape qui consiste à demander de l’aide.

III. Troisième étape : Demander de l’aide 

Surtout, ne restez pas isolé(e) en vous disant « j’ai l’impression d’une justice dans mon couple, l’entretien avec mon conjoint n’a pas porté les fruits que j’estimais nécessaires, mais bon…» non, non, non ! Continuez à vouloir construire.

Si votre conjoint ne veut pas faire le pas de l’entretien avec un aidant, en se tournant vers un professionnel, vers un ami, vers des parents, des beaux-parents, des groupes de parole pour couple, etc., faites votre démarche seul(e). 

Rappel hyper important

Si vous avez déjà écouté les émissions précédentes, vous savez ce que je vous dirai. Et si c’est la première fois que vous visitez ce site, je vous informe de ce que je vais dire maintenant : quand un des membres du couple change, il participe de fait au changement du couple. Le couple est comme un jeu d’échecs. Quand on déplace un pion, on ressent le besoin de déplacer un pion dans le camp adverse. Ayant changé la donne, le couple change et peut-être que le conjoint changera.

Attention, l’idée n’est pas de changer pour faire changer l’autre. L’idée est de changer parce qu’on veut changer soit sachant que, si on change soi-même, le couple change.

Petit bilan de parcours

Et si après avoir demandé de l’aide, vous vous rendez compte que le couple va vraiment mieux, c’est super ! Vous pouvez vous dire que vous avez avancé en ayant mis des mots sur les maux (1), vous avez vécu la phase d’écoute mutuelle (2), vous avez demandé de l’aide extérieure (3) et elle a été bénéfique. C’est génial !

Par contre, si vous vous rendez compte que vous avez changé, évolué et que c’est largement insuffisant pour vous, aller vers l’étape qui consiste à se projeter de manière rationnelle.

IV. Quatrième étape : Se projeter de manière rationnelle 

Fuyez le genre de décision prise sur un coup de tête. Elles ne sont généralement pas constructives puisqu’elles sont prises avec une charge émotionnelle importante et, par conséquent, elles sont encore plus irrationnelles que les décisions irrationnelles 😉

Donc, prenez le temps de prendre vos décisions. Et ces décisions, pour bien les prendre, mieux vaut les écrire. 

Prenez un cahier, une feuille et : 

1- Notez les décisions que vous voulez prendre 

2) Accompagnez-les des raisons pour lesquelles vous voulez les prendre, 

3) Précisez ce que vous attendez 

4) et à quel(s) besoin(s) c’est décisions vont-elles répondre

Projeter la prise de décision les pieds sur terre

L’idée n’est pas simplement de se dire qu’on veut que ses décisions amènent des changements. C’est sympa, mais ce n’est pas spécialement constructif. L’intérêt est de savoir que la décision prise répondra à tels besoins actuels et de telles manières.

Si je prends l’exemple d’une impression d’injustice financière dans mon couple : « j’ai le sentiment que mon conjoint abuse des ressources du foyer», quelles décisions pourrai-je prendre de manière rationnelle (ou proposer, pour ne pas imposer, ce qui est rarement fécond) pour que je puisse sécuriser la gestion de nos finances ? 

– En quoi les décisions que je proposerai sécuriseront-elles nos finances et jusqu’où ? 

– En même temps, jusqu’où mon conjoint, ayant besoin d’être libre dans ses mouvements et dans ses dépenses, pourra-t-il l’être ? 

J’ai besoin de poser ces questions de manière rationnelle afin qu’elles me conduisent vers des solutions efficientes. De cette manière-là, j’obtiendrai davantage un résultat qu’en comptant sur la chance. Je ne pourrai pas me dire « j’ai eu du bol en prenant une décision sur un coup de tête qui a bien fonctionné » ! 

L’avantage de poser clairement sa décision est également de limiter le risque de regrets en évitant de changer de décision en permanence.

Quand on la prend de manière plus rationnelle, on est bien plus constructif.

Le meilleur pour la fin

Je termine avec deux points importants, au-delà des quatre éléments que j’ai partagés avec vous :  

1) Plus vous avez le sentiment que ce que vous vivez, en termes d’injustice, touche à votre intégrité et plus il est urgent d’agir. 

2) Plus vous avez l’impression d’être piégé et plus il est urgent d’agir. 

En réalité, vous n’êtes pas piégé. Vous avez peut-être ce sentiment, cette impression qui est le résultat d’une approche irrationnelle, là encore, mais vous ne l’êtes pas puisque bien des issues existent à la situation dans laquelle vous êtes.

Même si vous êtes dans l’isolement, que vous n’avez plus d’amis, que vous êtes loin de votre famille, vous n’êtes pas piégé (j’insiste et je le fais à dessein). Alors, cessez de nourrir cette éventuelle croyance qui occupe une place illégitime dans votre esprit. 

Des solutions existent alors, prenez le temps de les poser, de les écrire (1), d’inviter à l’écoute mutuelle(2) (et si elle n’est pas possible, passez directement à la phase numéro trois), d’aller demander de l’aide (3), puis faites des propositions écrites qui soit le plus rationnelles possible (4), constructives, réfléchies, démunies d’une charge émotionnelle qui, généralement, est l’émotion de peur, qui cache peut-être de la colère, de la honte avant de se retrouver en tristesse.

Je vous souhaite d’être heureux à deux et de faire en sorte, pour l’heure, que si vous avez l’impression d’une injustice dans votre couple, vous ne laissiez pas les choses en l’état. Passez à l’action ! 

Photo de Gary Barnes provenant de Pexels

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