Une porte au bout d’une voie sans issue

Il n’est pas rare d’entendre dire « je m’ennuie dans mon couple ». Dans certains couples, les deux membres affirment même s’ennuyer. C’est généralement formulé sous forme de fléau parce qu’on ne s’est pas mis en couple en se disant qu’on s’ennuierait un jour ! 

Le rêve du couple différent

Plus encore, pour certains couples, on s’est dit « on se mettra en couple avec la promesse d’être un couple différent. Pas un de ceux que l’on rencontre dans les restaurants, ceux qui n’ont plus rien à se dire. Pas du tout comme ceux qui ne font rien ensemble ni comme ceux qui passent leur temps à se faire des reproches ou des remarques sans plus de plaisir à être ensemble. Nous serons différents de ces couples qui ne couchent plus ensemble que de temps en temps cernés par un ras-le-bol. Nous serons un couple différent ». 

Ainsi, on s’invente le mythe du couple différent. En même temps, c’est heureux. Cela signifie que l’on a pris la mesure de certaines réalités du couple et de couples qui nous entourent et qu’on ne trouve pas folichonnes. 

Par contre, c’est parfois en même temps une manière de se faire miroiter des choses, de semer des mirages sur notre propre chemin au point de se retrouver face à une réalité qui ne ressemble pas à celle que nous avions projetée.

Nous connaissons rarement la vie d’autres couples

Nous ne connaissons pas la plupart des couples que nous connaissons. C’est déjà important de se souvenir de ça. En effet, on a l’impression de connaître des couples alors que ce n’est bien souvent pas le cas. De ces couples-là, on n’avons que le rapport de témoignages et quelques  retours d’expériences. 

Et franchement, j’aimerais bien qu’on ait davantage le privilège d’avoir des discussions sur l’intimité conjugale sans chercher à viser ce qui se passe au lit uniquement. Et s’il est possible d’échanger sur ces sujets avec quatre ou cinq couples amis, c’est très chouette. Il est très rare, très très rare, d’arriver à toucher du doigt la réalité conjugale d’un couple sans que ce soit forcément un déballage de problèmes ou de difficultés conjugales. Je parle d’être en relation avec des couples qui oseraient dire « nous vivons ça comme ça. Nous y voyons des avantages et des inconvénients. Et toi, qu’en penses-tu ? ». 

Les groupes de parole conjugaux

Outre-Atlantique, il existe de nombreux groupes d’hommes et de femmes en couple. Ils sont généralement initiés par des mouvements religieux dont la plupart sont protestants, mais ça existe aussi dans le milieu catholique et dans le monde laïque. 

Dans ces fameux groupes, des hommes et des femmes se retrouvent séparément pour aborder des points de leur vie conjugale ou parentale. Il y a même un grand mouvement qui s’appelle the Brothers keepers(Les gardiens des frères), un mouvement protestant chrétien américain dans lequel on soutient et encourage les hommes pour qu’ils endossent leur rôle de père et s’impliquent dans leur vie familiale. Ainsi on leur donne des outils afin qu’il soit fidèle à leur conjoint, tendres et attentifs. 

Bien entendu, étant un mouvement chrétien, la plupart des enseignements sont issus de la Bible. L’intention est que ces hommes intègrent leur rôle masculin dans la société. En effet, on s’est rendu compte que cette dernière souffrait d’une perte de la responsabilité masculine. Aux États-Unis, les mères sont davantage impliquées que les pères ne le sont. Je ne connais pas les chiffres des études qui ont potentiellement été menées en France, mais il semble que la situation soit à peu près la même (à retardement). Même si les pères s’impliquent de plus en plus, on perçoit une plus grande implication maternelle que paternelle. 

Une fenêtre sur les autres couples potentiellement enrichissante

La fenêtre qui pourrait s’ouvrir sur l’intimité d’autres personnes est très exceptionnelle. Il est très rare que l’on sache comment ça se passe dans un autre couple :

À quoi ressemble le quotidien d’un couple d’amis que l’on voit une fois par semaine ou une fois par mois ? 

  • Comment s’occupent-ils ?
  • À quel moment s’ennuient-ils ou se régalent ? 
  • Qu’est-ce qui fait qu’il s’ennuient où se régalent ? 
  • Quels sont les modes d’excitation, de pause ?
  • Comment vivent-ils leurs retrouvailles et séparations ? 
  • A quoi ressemblent leurs temps de plaisir, leurs zones de conflit et d’insatisfaction ? 
  • Qu’en est-il de leurs frustrations comme de leurs pleines satisfactions ?
  • Comment gèrent-ils leurs désirs ? Comment les expriment-ils, les retiennent-ils ?
  • Sur leur intimité, sur le sens de la responsabilité qu’il s’agisse de la responsabilité à leur propre égard ou vis-à-vis de leurs conjoints, où en sont-ils ?
  • Comment s’organise la vie avec leurs enfants ? 
  • Comment partage-t-il les tâches ? Quelles bases ont-ils mises en place pour partager leurs tâches ? 
  • Jusqu’où le partage des tâches leur paraît-il équitable ou inéquitable ? 
  • Quelle est la part de la gestion du partage des tâches qui subit une part d’influence héritée de leurs parents, de leurs grands-parents ou de leurs amis ? 
  • Etc.

C’est très rare que l’on puisse discuter de choses comme celle-là avec des couples amis. 

Lancez-vous : créez des groupes de parole pour couples

Si l’idée vous vient de créer ce genre de groupes d’hommes et/ou de femmes, (peut-être même un groupe de couple), je pense que ce peut-être enrichissant. 

Imaginez que vous vous retrouviez à trois ou quatre couples à exprimer des situations vécues. Ainsi, vous pourriez voir comment les autres perçoivent votre manière de vous positionner. Ils pourraient observer :

  • votre manière de penser, 
  • ce que vous avez exprimez dans vos frustrations, 
  • vos aspirations. 

Attention, l’idée n’est pas que la majorité l’emporte avec une sorte de vote disant « il serait bien que tu fasses ça et que tu évites cela ! ». L’intention est de s’enrichir du regard des autres pour créer soi-même sa propre décision. À aucun moment il n’est question d’aller faire son shopping dans la vie des couples présents à ce genre de réunions dans le but de l’appliquer chez soi. L’objectif est de s’enrichir par une intelligence collective grâce aux questions posées qui nous ont conduits à cheminer, à réfléchir

Le simple fait d’avoir entendu des réponses ou des réactions pourrait parfois résonner en vous et vous interroger : 

  • Pourquoi le ferait-elle ainsi ? 
  • Pourquoi ne serait-ce pas le cas chez moi ? 
  • De quoi ai-je peur ? 
  • Pourquoi cette question ou cette manière de voir les choses me réfrène ou me cabre ? 
  • Pourquoi aurais-je envie d’épouser telle proposition qui me paraître très séduisante ?

C’est vraiment une suite de réflexions qui permette de progresser, de faire avancer des couples et des individus grâce à l’échange.

Nous y gagnerons à nous habituer à la confrontation

D’ailleurs, dans notre société, nous ne sommes pas habitués à être confrontés à des approches divergentes, à des avis opposés. En effet, nous avons souvent tendance à préférer le dominant-dominé, celui qui a raison contre celui qui a tort. L’affection pour cette approche binaire est quelque peu dommageable en couple. Nous pourrions utiliser l’avis différent comme une opportunité

Avez-vous noté qu’il arrive parfois, en donnant son propre avis, qu’on ait plutôt envie de le formuler comme une injonction en évitant la formulation d’avis ? Pourquoi ne pas l’exprimer comme un éclairage en disant « voilà ce que je pense. Il me semble que ce serait bien de faire ceci et celaQu’en penses-tu ?». 

Il m’arrive d’entendre des couples, comme ça arrive dans mon couple également parfois, répondre à une demande d’avis par « à ta place, je ferais comme ça… ». À cela, nous pouvons répondre « je ne t’ai pas demandé ce que tu voudrais que je fasse ou ne fasse pas. Je t’ai demandé comment tu voyais les choses. Je veux savoir ce que tu en penses. Par conséquent, il serait plus légitime que ta réponse aille dans une direction qui soit davantage l’expression de ce que tu penses plutôt que de ce que tu préférais que je fasse ». 

Grâce à cette approche, vous pourriez entendre différents points de vue. De plus, vous pourriez vous enrichir de ce que vous percevez comme des avantages et des inconvénients. Ainsi, vous pourriez vous sentir plus libres de faire vos propres choix à partir d’un ‘’paquet de conseils’’ qui vous a été livré. Voyez-vous combien cette capacité à prendre du recul, à observer et à accueillir la différence serait bénéfique ? Elle pourrait servir à la personne qui entend un avis pour construire son présent en intégrant la divergence, la différence et la convergence. Même la convergence peut-être l’occasion d’enrichissements. 

Comprendre l’ennui en couple 

D’ailleurs, il est généralement question d’ennui dans le couple quand le déroulé de la vie n’est plus automatique. On se rend compte que les choses ne se suivent plus de manière naturelle, comme avant, avec une sorte de cadence dans laquelle se suivaient des moments géniaux, des moments superbes, des moments d’excitation, de plaisir, de satisfaction comme si une programmation était pilotée par l’amour ! 

Par ailleurs, on constate une distance importante qui s’installera plus ou moins fréquemment, avec des temps dans lesquelles on constate ne lus faire grand chose ensemble. On se rend compte qu’il n’y a plus de véritable excitation commune. On ne se découvre plus vraiment.

Vous comprenez que s’il n’y avait ne serait-ce que de la découverte, encore, l’ennui n’aura plus sa place : 

  • Pourquoi, dans votre couple, n’y aurait-il plus de découverte ? 
  • Vous connaissez-vous complètement, vous-même, déjà, en tant que personne ? 
  • Connaissez-vous vraiment bien votre conjoint ? 
  • Est-ce que votre conjoint ne bouge plus, n’évolue plus ? Avez-vous épousé où vivez-vous en union maritale avec un fossile ? Les chances sont maigres même si, au passage, un fossile continue à évoluer, malgré les apparences. C’est la raison pour laquelle, dans les musées, on demande que certains fossiles ne soient pas touchés ou ne soient pas exposés à la lumière, parce qu’ils évoluent.

L’importance de la première année

Il y a quelque temps, j’ai enregistré une émission intitulée «l’importance de la première année ».  Écoutez-là sachant que vous y trouverez des clés vous expliquant les raisons pour lesquelles vous pouvez percevoir de l’ennui dans votre couple. En comprenant l’importance de la première année, vous accueillerez le sentiment « je m’ennuie dans mon couple » avec une toute autre dimension.

De manière schématique, je dirai que plus vous prendrez de la distance avec ce que vous avez vécu la première année et plus vous aurez l’impression de prendre la distance avec votre couple. Par conséquent, vous aurez ainsi l’impression que votre couple perd de son sens, une façon de semer l’ennui à venir en couple. Vous aurez le sentiment de ne plus être à votre place, ne plus être nourri·e dans votre conjugalité. La lecture de cette première année est donc déterminante, comme je vous explique dans l’émission que je viens de mentionner.

Votre couple a changé puisque vous avez changé

Toujours en focalise en sur l’ennui dans le couple, au-delà de la première année, je vous pose la question : qu’est-ce qui a changé depuis votre première année ou ces dernières années ? Revenez au moment où vous pouvez dire « non, je ne m’ennuyais pas dans mon couple. Je ressentais une véritable satisfaction ». Identifiez ce dernier moment où vous avez pensé ainsi. Que s’est-il passé entre ce moment-là et aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a changé ? Peut-être peut-on s’interroger de savoir qui a changé ? 

J’espère, parce que ça va de soi, que vous avez tous les deux changé. En effet, vous ne pouvez pas ne pas avoir changé. Si vous n’avez pas changé, il y a un réel problème : l’un des deux membres du couple ‘décédé’ :-).  

Vous avez donc tous les deux changé. Par conséquent le naturel qui pourrait poindre en disant « mon conjoint a changé, c’est pour ça que je m’ennuie dans mon couple » est faux. Votre conjoint a changé comme vous avez vous aussi changé. On se trouve là sur un tableau qui englobe la réalité complète. Par ailleurs, vous pourriez vous dire « j’ai changé. C’est la raison pour laquelle je m’ennuie dans mon couple ». Ce serait également faux. 

En effet, vous avez changé tout comme votre conjoint a changé. La réalité naturelle fait que le changement de l’un conduit au changement de l’autre. C’est un phénomène d’adaptation non réfléchi. Hier encore, je disais à ma femme qu’une des facultés considérables du vivant, dont l’humain, est sa capacité d’adaptation permanente dès qu’un facteur change. On s’adapte. J’inclus le phénomène de compensation dans cette capacité d’adaptation. Il nous conduit à nous placer en symétrie ou en asymétrie pour entrer en complémentarité de l’attitude adoptée par une autre personne ou par soi-même. 

Il faudrait être aveugle et insensible pour ne pas entrer dans cette nécessité d’adaptation. Elle est naturelle, inscrite en nous. 

Le plan conjugal initial

« Je m’ennuie dans mon couple» pose la question de ce que vous vouliez vivre au début de votre conjugalité. Que vouliez-vous vivre dès la première année et au-delà ? En même temps, quelle place avez-vous laissée au hasard ? 

Effectivement, vous vouliez vivre telle chose dans votre couple. Il va donc de soi que l’on s’interroge sur ce que vous avez fait pour intégrer dans votre couple ce que vous vouliez vivre. D’ailleurs, d’autres questions légitimes se posent : est-ce que, comme vous viviez déjà (notamment la première année) ce que vous vouliez vivre dans votre couple, vous l’avez considéré comme une chose acquise ad vitam aeternam ? Auriez-vous laissé les choses entre les mains du hasard, de la chance ? 

Si c’est le cas, il est donc tout à fait légitime que vous ne viviez pas ce que vous vouliez vivre. En effet, si vous vouliez le vivre, vous n’aviez pas d’autres choix que de le mettre en place. J’ai envie de dire, de manière assez simple, si vous voulez recevoir un article déterminé tel qu’une nouvelle couette ou un nouveau téléphone, vous l’aurez plus facilement si vous passez la commande. Passez commande de ce que vous voulez vivre. Enclencher les actions qui correspondent à ce que vous voulez vivre vous conduira à vivre ce que vous voudriez vivre.

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Formuler ainsi peut paraitre un peu simpliste, mais vraiment, regardez-vous dans un miroir et demandez-vous si vous avez investi dans votre couple ce que vous vouliez y trouver. Bien souvent, on entre dans le couple, surtout au-delà de la première année, ou des dix-huit premiers mois, en attendant ce l’autre devrait savoir que l’on voudrait

  • « Comment se fait-il qu’il ne sache pas que j’aie besoin de ça ?» 
  • « Pourquoi ne fait-il pas ce dont j’ai besoin ?» 
  • «Pourquoi ne répond-il pas à mes attentes ?»
  • Etc. 

Apprendre à passer commande

Nous fonctionnons comme si il/elle devait savoir ce dont nous avons besoin sans que nous ayons à passer commande. J’aimerais que l’on garde cette image de passer commande dans le quotidien. Ça peut nous aider à faire en sorte de passer une commande, comme au restaurant.

Si vous vous installez dans un restaurant et que vous ne passez pas commande, vous ne serez pas servis. C’est quand même assez naturel 🙂

La différence, dans un restaurant, est que quelqu’un viendra vous demander ce que vous voulez. Si vous répondez « je vais y réfléchir parce que je ne sais pas trop ce que je veux », vous ne recevrez rien. Et tant que vous répondrez avec une incapacité à formuler ce que vous voulez, vous ne recevrez pas ce dont vous avez besoin. Ce faisant, ce sera jusqu’au moment où on vous mettra à la rue avec des coups de pied dans le derrière pour vous forcer à quitter le restaurant ! Quand vous allez au restaurant, sachez ce que vous voulez même si vous ne savez pas encore ce qui y est servi. En lisant la carte, réfléchissez à ce que vous voulez vivre.

Dans votre couple, quand vous y êtes installés, réfléchissez à ce que vous voulez y vivre. Ensuite, passez commande. C’est un des meilleurs moyens de limiter l’ennui et la frustration. Faites-le même s’il y a des avantages à l’ennui. L’action est le seul et l’unique moyen qui permet d’amener un changement suite à un constat. Si vous avez vu qu’une situation est dans un état déterminée et que vous voulez vivre autre chose, vous n’avez pas d’autres choix que de passer par l’action

Bien entendu, quand je parle d’action, nous savons qu’elle est précédée d’une décision. Vous savez que, sans action, vous n’obtiendrez pas ce que vous attendiez. Certes, vous pourriez vous asseoir sous un pommier en attendant que les pommes tombent. Ainsi, vous pourrez manger. Mais n’est-ce pas plus facile et plus sûr d’aller les cueillir ? Dans votre couple, faites la même chose ; allez cueillir, passez commande, allez chercher ce que vous voulez recevoir et vivre.

L’ennui a du bon

Je voudrais m’arrêter sur les avantages à l’ennui. En effet, il existe des avantages à l’ennui ! Nous pouvons accueillir l’ennui conjugal comme un fléau incurable, comme une voie à sens unique nous conduisant au bout d’une impasse.

Nous avons grandi dans une société qui donne l’impression que l’ennui est mauvais. On aime promouvoir l’activisme.

Ce week-end, j’étais avec deux couples d’amis dont les enfants viennent de rentrer en moyenne section de maternelle. Les parents me confiaient qu’au retour de l’école, en fin de journée, leurs enfants étaient tellement crevés qu’ils n’arrivaint même pas à prendre du plaisir à dîner. L’un des deux couples me disait « quand nous sommes à table, mon fils est tellement épuisé qu’il s’endort pendant le repas ». Un parent isolé me disait « ma fille est tellement fatiguée qu’elle s’endort sans dîner le soir ». Et dire qu’on tente de nous faire croire que l’école est organisés en prenant en compte le rythme de l’enfant !

Les avantages de l’ennui

Le premier avantage de l’ennui

Le premier avantage de l’ennui est qu’il permet, entre autres, de se poser, de se reposer, de se calmer, de ralentir, de freiner. Je sais qu’on n’aime pas freiner, pourtant nous en avons besoin. On ne peut pas être dans la course permanente, même conjugale.

Je pense à une citation d’Odile Chabrillac auteure du livre « Petit éloge de l’ennui ». Elle dit «A force de chercher à éviter l’ennui contre vents et marées et de se programmer des occupations pour chaque heure de la journée, ne risquons-nous pas de basculer sans y penser de la frénésie à la dépression ? Car ce temps de vacuité où notre esprit peut enfin vagabonder constitue un élément clé dans la construction de notre bien-être et surtout dans l’invention de notre vie». 

Ne pensez-vous pas que la réalité évoquée par Odile Chabrillac est tout à fait pertinente par rapport à votre vie conjugale ? Ne serait-ce pas un élément clé dans la construction de votre bien-être comme de l’invention de votre vie conjugale que de passer par des phases d’ennuis ?

Dans le processus conjugal, j’appelle ça le ravitaillement. En effet, notez, au présent, que c’est dans l’ennui qu’on se ravitaille. 

Le deuxième avantage de l’ennui

Le second avantage de l’ennui est la prise de conscience. On réalise que l’on a plus ce que l’on avait dans le passé. On a fait une pause, on a ralenti, on a levé le pied.On prend conscience de ses propres besoins.

À partir de là, je voudrais que nous fonctionnions en accueillant l’ennui comme une porte qui peut s’ouvrir vers une prise de conscience qui nous conduit à être force de proposition. Il ne s’agit pas d’une porte qui s’ouvre vers mon matelas et ma boîte de mouchoirs afin que je m’enfouisse dans les larmes en manifestant mon mal-être. Il s’agit d’une porte qui peut s’ouvrir vers des interrogations, des possibles.

Dans l’ennui, passer à l’action 

Or, quand on s’ennuie dans son couple, la première chose que l’on peut faire, après avoir pris connaissance de ses propres besoins, c’est de se rencontrer (soi-même) et d’aller rencontrer son conjoint. Cette rencontre conjugale s’articule en cinq étapes :

  1. Échanger
  2. Proposer
  3. Confronté
  4. Expérimenté
  5. Instaurer 

Étape n°1 : échanger

Quand j’invite à échanger, je demande de ne pas le faire dans le but que le conjoint soit d’accord en disant « tu sais, je trouve que l’on s’ennuie dans le couple. Tu es d’accord, n’est-ce pas ? ». Et si le conjoint a dit non, que l’on se perçoit a pensé « Oh ! C’est bizarre. Tu es à côté de tes pompes, tu n’as rien pigé. Je ne comprends pas… ». Je rappelle que l’on n’est pas obligé·e d’être sur la même longueur d’onde que son conjoint. Vous pouvez vous ennuyer dans votre couple alors que votre conjoint peut se régaler. 

Le but de la démarche

Le but de la démarche n’est pas d’être d’accord, mais d’échanger, de chercher à comprendre sans jamais cherché à influencer. On évitera donc « j’aimerais que tu sois d’accord avec moi. S’il te plaît. Et si tu n’es pas d’accord avec moi, c’est que tu n’as rien compris. Peut-être que tu n’as pas vu les choses… ». Si vous percevez une tendance à fonctionner ainsi, je vous demande de changer votre manière de penser.

Objectif clair :  échanger dans le but de chercher à être compris comme à comprendre. L’intention est de s’enrichir, pas d’être d’accord.

Comme je l’ai évoqué en introduction, les groupes de femmes et d’hommes ont pour projet d’échanger, pas d’être d’accord. Il n’est pas question d’aller faire son shopping dans la vie des autres pour l’appliquer à soi, mais de s’enrichir de la manière dont les autres regardent ce que l’on vit. 

Étape n°2 : proposer

L’étape suivante consiste à proposer. Elle vient après «j’ai compris ce que tu as voulu exprimer. Je me sens compris·e dans ce que j’ai formulé… ». 

Le temps est venu de faire des propositions. Prenons conscience que les propositions sont possibles grâce à ce temps de pause dans lequel on a pris conscience de ce qui était vécu dans le passé comme de ses propres besoins. Ainsi, vont se suivre les propositions.

La tendance pourrait être de se dire « comme je propose ceci et cela, faisons ce que j’ai proposé ». C’est une autre manière de dire « soumettez-vous, mon cher conjoint, à mes propositions ». Non ! Restons dans l’état d’esprit précédent qui est celui de l’échange en disant « je propose et nous disposons de ces propositions ». Cela implique que l’un et l’autre se serviront de propositions faites par quelqu’un d’autre et disposeront tous les deux des propositions de l’un comme de l’autre. 

Objectif : Finalement, le couple s’enrichît des propositions mutuelles.

Étape n°3 : confronter

Ça nous conduit à cette étape qui consiste à se confronter l’un à l’autre. En général, ça donne l’impression d’un combat. Il est vrai que, parfois, c’est un peu ça. 

Seulement, vous comprenez que je n’ai pas envie que le couple se batte. Je vous invite à vous dire « je suis conscient·e de ne pas m’attendre à ce que tu sois d’accord avec ce que je vais proposer. Or, je tiens à ce que tu sois prêt·e à ne pas être d’accord avec ce que je proposerai ».

La démarche consiste donc à poser sur la table des propositions comme nous l’avons évoqué tout à l’heure, et à travailler ensemble à les pétrir, à les manipuler, à les déplacer, à les agencer, à les dissocier, à les associer, etc.   

Objectif : faciliter l’avancée collective grâce à l’ennui formulé initialement par l’un ou l’autre membre du couple. 

Étape n°4 : expérimenter

À ce stade, on travaillera à l’expérimentation d’une ou plusieurs propositions. Sachant que, comme je l’ai évoqué, il est possible d’associer, de dissocier, de mixer et de mélanger des propositions. Il est donc possible de vivre l’expérience de propositions qui seront le résultat d’une collaboration. 

Les bienfaits de la coopération

Pour ma part, je préfère la coopération dans laquelle on ne prendra pas forcément la proposition de l’un ou de l’autre, mais le résultat d’un travail collectif. Grâce à la coopération (de cooperai en latin, faire ensemble), il permettra d’accéder à des  éléments auxquels on n’aurait pas accédé sans un travail conjoint.

Expérimenter souligne l’expérience 

J’ai bien parlé d’expérimenter. Il n’est pas question de récupérer les propositions et de les appliquer comme de nouvelles réalités de la vie à deux. Ça veut donc dire que l’on s’attend, puisqu’il est question d’une expérience, à un retour conjugal dans lequel l’opportunité sera tendue pour s’interroger sur l’expérience en cours. L’un ou l’autre pourra dire « j’ai expérimenté telle chose que mise en place ensemble. J’en ai tiré tel avantage et perçu tel inconfort. Comment as-tu expérimenté la chose de ton côté ? » Là encore, vous percevez que l’on revient à un échange. 

Objectif :  l’objectif n’est pas d’être d’accord, mais de partager une expérience.

Étape n°5 : instaurer 

À l’issue de l’expérimentation vient le temps de la pondération. Compte tenu de ce qui a été vécu dans telle ou telle situation et ressenti dans telle autre, on peut décider d’instaurer une nouvelle manière de vivre le couple en intégrant le résultat de l’expérience.

a) Instaurer suite à une expérience positive :

Ça signifie que l’on installera durablement cette nouvelle manière de fonctionner dans le couple. En même temps, cela ne veut pas dire qu’on cherche à fuir l’ennui. Ça veut juste dire que, grâce a l’expérience d’ennui(ou grâce à notre capacité à utiliser l’ennui), nous avons vécu l’échange, la proposition, la confrontation et l’expérimentation à l’issue desquels nous avons choisi d’instaurer une nouvelle manière de fonctionner dans le couple

Ce n’est pas à considérer comme une solution anti-ennui. Il est fort probable que l’expérimentation concluante satisfasse le couple pendant un temps. Au bout d’un moment, il est possible que l’expérience instaurée ne convienne plus du tout aux couples. Du coup, il est sera nécessaire de modifier ce qui a été instauré.

Éviter l’enfermement

J’insiste pour que l’instauration d’une nouvelle manière de vivre le couple ne soit pas intégrée comme une nécessité à s’imposer ad vitam aeternam. Quand on instaure une chose dans un couple, elle n’est pas inscrite dans le marbre. C’est une chose adoptée parce qu’elle convient, mais on reste en permanence ouvert à l’idée d’apporter des modifications, des amendements, des changements pour vivre le couple autrement.

b) Rejeter suite à une expérience négative :

Ce n’est pas parce qu’une expérience a été mise de côté qu’elle était mauvaise. Par conséquent, si on voit un autre couple vivre une chose qu’on avait proposée, on ne pourra pas se dire « cette idée est minable. Je ne vois pas pourquoi ce couple l’a adoptée ». Ça ne veut rien dire. Il est possible que cette situation ne vous convenait pas. Mais ça ne veut pas dire que parce qu’elle n’est pas bonne.

Ce n’est pas non plus parce qu’elle n’est pas adaptée à votre conjugalité présente, ici et maintenant, qu’elle ne le sera pas demain ou après-demain ! Donc, nous pouvons aussi considérer que ce que nous avons expérimenté et mis de côté au présent revienne dans le champ de l’expérimentation dans quelques mois ou quelques années. La raison est simple : notre vie change, nous changeons, mon conjoint change et je change.

Chaque phase d’ennui ouvre donc sur des possibles incluant la prise de conscience de ce qui a été vécu, de ses propres besoins comme des besoins du couple. Par conséquent, ces phases d’ennui ouvrent vers ces cinq étapes mentionnées ici, débouchant sur une créativité à vivre.

Objectif : Mettre en œuvre des expériences et les jauger sans en pré-juger. 

L’ennui ouvre vers la créativité

L’ennui, en fait, favorise le détachement de ce qu’on est en train de vivre et de ce qu’on a vécu. J’ajoute qu’il favorise l’isolement, et cette dernière situation qui est désagréable. On n’aime pas être isolé·e, détaché·e. Ça veut dire qu’on prend de la distance avec un milieu social, avec un couple, avec un conjoint. On se retrouve seul·e et, n général, on n’aime pas ça.

Je ne demande pas d’aimer l’ennui, mais de l’accueillir avec les avantages que vous pourrez en tirer.  Odile Chabrillac dit même d’inviter l’ennui, en allant plus loin qu’un simple accueil. 

Prenez conscience que l’ennui est désagréable tout en étant utilisable pour faire grandir votre couple. Vous pourrez ainsi, en prenant conscience de ces phases d’ennui, vous vous reconnectez à vous-même pour vivre l’acceptation. En effet, tout ne peut pas correspondre à ce que vous voudriez. Votre vie n’est pas une suite d’excitation. Elle est inscrite dans une réalité ancrée, quotidienne, pragmatique.

Si vous vous ennuyez en couple, ne laissez pas traîner. Prenez les éléments présentés dans cet article et utilisez-les pour créer votre bonheur. N’attendez pas que ce dernier vous tombe dessus. Le bonheur ne vient s’installer ni par hasard ni avec la chance. Travaillez à votre bonheur, on vous prenant en main.

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