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- Le mot qui pose problème
Quand dois-je céder ?
Pascal Quionquion
Souvent, dans des séances de coaching, j’entends des personnes me dire qu’elles ont cédé, qu’elles n’avaient pas d’autre choix que de céder, et qu’elles le regrettent. Elles se sont écrasées, elles ont abandonné, elles ont le sentiment d’avoir perdu. Et c’est une situation très désagréable, dans la mesure où personne n’a envie de perdre sa relation, ni de se perdre dans sa relation.
Alors on résiste. Et puis, à l’inverse, on a des personnes qui cèdent trop, qui disent : « Oui, je n’ai pas d’autre choix, en fait. » Mais si le problème venait d’ailleurs ? S’il n’était pas compris dans ce que veut dire céder ? Dans cet épisode, je te propose un déplacement important : comprendre que céder n’est pas forcément perdre, et que parfois, c’est même ce qui permet à la relation de circuler. On se penche là-dessus pour vraiment le comprendre.
1 — Le faux problème du couple
La plupart des couples vivent ce phénomène qui consiste à céder comme un problème. Ils le vivent de manière binaire. Quand c’est ainsi, on se positionne en se disant : soit je cède, synonyme je perds ; soit je tiens, synonyme je gagne. Et pourtant, écoute bien ce que je vais te dire : cette position, cette manière de voir les choses, est fausse.
Elle est fausse parce qu’elle repose sur une interprétation du mot céder qui n’est pas celle qui appartient à son sens d’origine. Et c’est là que tout se joue, en réalité. Tant que tu restes enfermé dans cette vision binaire, tu crois qu’il faut tenir coûte que coûte pour ne pas perdre, ou que céder revient forcément à s’écraser. Tu réduis la relation à un rapport de force, alors qu’un couple ne se construit pas sur une logique de vainqueur et de vaincu.
Ce faux problème crée beaucoup de crispation. Il pousse soit à la rigidité, soit à l’effacement. Et les deux abîment le lien. Si l’on veut sortir de cette impasse, il faut revenir au fond du fond du sens du verbe céder.
2 — Revenir au sens réel du mot céder
Si on veut faire un zoom pour revenir à ce sens profond, on va vers le latin cedere, qui signifie aller, se déplacer, se retirer, ou faire un mouvement. On retrouve cette racine dans accéder, aller vers quelque chose ; procéder, avancer dans une direction ; succéder, venir après. Tu entends bien que dans accéder, procéder et succéder, il y a la même dynamique.
Donc, à l’origine, céder ne veut pas dire perdre. Ça veut dire bouger. Entrer dans une dynamique. Se déplacer, se retirer, faire un mouvement, se mettre en mouvement. C’est cela, le sens profond du verbe céder. Et rien que cela change déjà énormément de choses.
Parce que si tu reviens à cette étymologie profonde, céder n’est plus abandonner. Ça ne veut plus dire se soumettre. Ça ne veut plus dire disparaître. Cela veut dire qu’il y a un mouvement possible, un déplacement, un ajustement. Et dans le couple, cette nuance est considérable, parce qu’elle t’invite à quitter une logique de perte pour entrer dans une logique de circulation.
3 — Ce que ça change dans le couple
Si tu reviens à cette étymologie profonde du verbe céder, céder n’est plus abandonner, se soumettre ou disparaître. Et ce serait complètement contraire à l’essence même de la relation conjugale. Dans le couple, deux individus s’épanouissent, participent à l’épanouissement de l’autre pour grandir eux-mêmes dans leur dimension, et, par voie de conséquence, faire en sorte que le couple grandisse lui aussi.
Si l’un des deux cède dans le sens de s’étouffer, se soumettre, abandonner et disparaître, il y a un appauvrissement automatique de la relation conjugale. Donc il y a une forme de non-sens. On ne peut pas envisager de céder dans le sens d’abandonner, se soumettre et disparaître. Si, quand tu cèdes, dans ta tête tu abandonnes, tu te soumets ou tu disparais, il y a un véritable problème.
Mais le problème n’est pas le mot. Le problème, c’est la dynamique que tu donnes au mot. C’est la direction que tu prends, le déplacement vers lequel tu vas, le retrait que tu fais ou le mouvement que tu engages quand tout cela va vers une réduction de toi. C’est là le problème.
4 — Le vrai problème n’est pas de céder
On peut garder le même verbe céder dans son acception initiale et l’accueillir comme une opportunité pour faire un pas de côté, laisser de l’espace, ajuster sa position. Et là, cela change complètement la situation. Parce que dans un couple, si personne ne bouge, la relation est bloquée. Il va donc y avoir nécessité, à un moment ou à un autre, que l’un des deux fasse un pas de côté, initie un mouvement, laisse de l’espace, ajuste sa position.
C’est cela, vivre une relation conjugale dans laquelle on va communiquer, mettre en commun, créer un terrain commun. Mais comment créer un terrain commun si chacun exige que tout ce qu’il amène soit pris tel quel, sans exception, dans le non négociable ? On ne peut pas faire un couple comme ça. Ce n’est pas possible.
On va travailler ensemble pour savoir ce qu’on met sur le terrain commun, en respectant l’individualité de chacun. Cela ne veut pas dire que, parce que tu as des aspects que je ne veux pas voir dans le couple, tu ne peux pas les vivre. Ils sont là, on va les intégrer parce que c’est toi, cela t’appartient, c’est ton histoire, peut-être même ton identité. Par conséquent, on va faire avec. Et parfois, je vais faire un pas de côté pour laisser de l’espace aux dimensions de toi qui me dérangent un peu.
Les trois vrais problèmes
1- La contrainte
Le vrai problème n’est donc pas de céder. Le problème, ce n’est pas le mouvement. Le problème survient quand il y a trois choses. La première, c’est la contrainte. Tu cèdes parce que tu te sens obligé. J’ai bien précisé : c’est toi qui te sens obligé. Tu pourrais me dire que ton partenaire met une forte pression pour que tu cèdes. Oui, il peut mettre toute la pression du monde ; moralement, cela reste un choix de ta part.
S’il y a une contrainte physique, d’accord. Mais sur le plan moral, entends bien que tu cèdes parce que tu choisis de céder. Il y a donc contrainte avec un accord. Même si cela te hérisse d’entendre ça, dans toute contrainte morale à laquelle on passe à l’acte, il y a un accord.
2- La perte de soi
La deuxième chose, c’est la perte de soi. Quand on cède contre soi-même, on perd une part de soi. Et dès que tu perds une part de toi, le couple s’appauvrit. Ton partenaire y perd quand tu perds une part de toi, après que toi-même y as perdu. Ne cède jamais une part de toi. Ne prends jamais une décision contre toi. Jamais. C’est grave, parce que c’est porter atteinte à ta propre intégrité.
3- L’absence de réciprocité
La troisième chose, c’est l’absence de réciprocité. Tu es seul à bouger. Or on a bien dit qu’il y a un mouvement, un pas de côté, un ajustement de position. Quand tu es seul à bouger, c’est un problème. Normalement, si tu fais un pas de côté, si tu laisses de l’espace, il y a un appel qui amène l’autre à bouger, au moins un peu.
5 — Les deux façons de céder
Je voudrais maintenant te donner deux façons de céder. La première, c’est céder en se perdant. La seconde, c’est céder en se déplaçant. Dans le premier cas, on est dans l’acception commune, banale, négative du verbe céder. Dans le second, on est dans son acception profondément historique et étymologique.
a) Céder en se perdant
Céder en se perdant, c’est quand tu dis oui alors que tu penses non. Quand tu évites le conflit. Quand tu accumules. Tu prends sur toi, comme me le disent régulièrement des personnes. Et le résultat, tu le connais très bien si tu te reconnais dans ce que je viens de décrire : tu te sens frustré, tu sens de la distance avec ton partenaire, et tu sens qu’à un moment ça va péter.
b) Céder en se déplaçant
La deuxième façon de céder, c’est celle qui consiste à céder en se déplaçant. Dans ce cas, tu choisis consciemment. Tu sais que tu choisis. Tu ne subis rien du tout. Tu restes aligné à toi, tu te reconnais, et tu fais de la place pour l’autre. Conséquence : la relation reste fluide, tu te sens connecté à ton partenaire, et tu vis une forme de satisfaction relationnelle. (Voir le livre Parents efficaces de Thomas Gordon)
Situation concrète
Pour rendre cela très concret, prenons un exemple. Un partenaire veut passer le week-end chez ses parents. L’autre est fatigué et aurait besoin de se reposer. Quand on est dans une approche qui consiste à céder en se perdant, tu es fatigué, mais tu dis : « Ok, on y va. » Alors qu’à l’intérieur, tu n’en as pas envie. Tu aurais besoin de calme, et tu te forces.
Pendant le week-end, tu es fermé, tu fais moins d’efforts, tu es irritable. Intérieurement, tu accumules. Tu te dis : « Je fais des efforts et lui ne voit rien. Je passe toujours après. » Résultat des courses : tu as cédé, mais la relation s’est abîmée parce que tu t’es trahi, tu n’as rien exprimé, tu attends inconsciemment un retour. Il y a une comptabilité qui se met en place. « Je te dois. Tu me devras. »
Quand on cède en se déplaçant sans se renier, avec la même situation, tu prends en compte ton besoin et celui de ton partenaire. Tu peux dire : « Je comprends que ça compte pour toi d’y aller. De mon côté, je suis vraiment fatigué, j’ai besoin de repos. Comment peut-on faire pour que ça fonctionne pour nous deux ? » Ou : « Je peux venir, mais j’aurais besoin qu’on rentre plus tôt. » Ou encore : « Je préfère ne pas venir cette fois, mais on peut prévoir un autre moment ensemble. »
Ce qui change, c’est énorme. Tu ne te renies pas. Tu reconnais l’autre. Tu ouvres une relation. Il y a de l’air qui passe, ça circule. En fait, tu t’es déplacé sans t’abandonner. Et surtout, tu restes dans la relation.
La différence fondamentale
Les signes qui montrent que tu restes dans la relation, c’est que tu restes ouvert, que tu proposes éventuellement des alternatives, ou que tu laisses l’autre en proposer. On aurait pu dire dès le départ : « Je comprends que ça compte pour toi d’y aller. De mon côté, je suis vraiment fatigué. Comment pourrait-on faire pour que ça fonctionne entre nous deux ? » Et laisser le partenaire prendre la parole. Peut-être qu’il dira : « Je peux y aller sans toi. » Ou : « On peut rentrer plus tôt. » Ou : « Là-bas, tu pourras te retirer et te reposer. »
Je trouve ça magnifique de se dire qu’il y a tellement plus d’options possibles, tellement plus de créations possibles, qu’il n’y a de problème. Quand il y a une difficulté, il n’y a qu’un problème ; mais combien d’options autour ? Des dizaines, parfois des centaines, quand ce n’est pas des milliers.
La différence fondamentale entre ces deux manières de céder, c’est que, dans le premier cas, tu disparais. Et dans l’autre, tu t’ajustes. Tu te déplaces pour t’ajuster. Tu ne te tires pas, tu ne te laisses pas écraser.
6 — Les repères pour savoir si tu dois céder
Alors comment savoir si tu cèdes ou pas, et même si tu dois céder ou pas ? Je vais te donner trois critères qui sont en réalité trois questions. La première : est-ce que je suis en train de me trahir ? Si la réponse est oui, ce n’est pas un mouvement qui va dans le sens de l’ajustement. Cela ressemble plutôt à s’écraser et disparaître. La réponse attendue est non.
Deuxième question : est-ce que je choisis ou est-ce que je subis ? Si je choisis, je vais dans le sens de la relation. Si je subis, je vais dans le sens de la tension. Feu vert si je choisis. Feu rouge si je subis.
Troisième question : est-ce que cela crée du lien ou de la distance ? Un bon ajustement rapproche. Un mauvais ajustement éloigne. Si, à la première question, la réponse est non, à la deuxième je choisis, et à la troisième cela rapproche, alors c’est oui. Mais s’il y a un seul non dans ces trois questions, attention : tu es en train de commencer à disparaître. Et là, on discute, on cherche un terrain où vous pourrez être tous les deux satisfaits.
7 — Le niveau supérieur Cap
Je voudrais vraiment qu’on termine sur un niveau supérieur, comme j’aime le faire dans la Méthode Cap. Regarde plus haut. Parce que, dans un couple, on ne reste pas figé, on ne s’impose pas, on ne disparaît pas. On n’impose jamais rien à son partenaire. On accepte que le couple est en mouvement. On refuse toute démarche qui consiste à s’éteindre, à s’amenuiser, ou à faire en sorte que l’autre s’éteigne un peu.
On apprend à bouger ensemble, à se mettre en mouvement ensemble, comme dans une danse. Si chacun reste figé, il n’y a pas de danse. Si chacun bouge en conscience, la relation devient dansante, fluide, souriante, vivante, riche.
Donc, si tu veux redonner sa vraie place au verbe céder, dis-toi ceci : le mot a été déformé. On en a fait un signe de faiblesse, alors qu’à l’origine, c’est juste un mouvement. Et dans un couple, sans mouvement, il n’y a pas de relation.
CONCLUSION — Redonner sa vraie place au mot céder
Je voudrais que tu apprennes à céder dans le bon sens du terme, c’est-à-dire à t’ajuster, et jamais à disparaître. Parce que tu sais maintenant que lorsque tu disparais, tu abîmes la relation conjugale. Tu ne protèges ni le couple, ni toi, ni l’autre. Tu réduis l’espace commun au lieu de le nourrir.
Le vrai déplacement à faire, c’est donc celui-ci : sortir de la logique « céder = perdre » pour entrer dans une logique « céder = bouger, ajuster, laisser circuler ». À partir de là, tu peux te demander non plus : « Est-ce que je vais perdre ? » mais : « Comment puis-je me déplacer sans me renier ? »
Et c’est là que quelque chose devient beaucoup plus sain, beaucoup plus mature, beaucoup plus vivant. Le couple retrouve du mouvement, donc de la relation. Et toi, tu restes entier dans ce mouvement.
Céder n’est pas perdre… sauf si tu te perds en cédant.
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